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L’appel à donner plus de temps, témoignage de Valérie

Tout a commencé par une proposition faite à mon fils de rejoindre les hospitaliers juniors lors du pèlerinage diocésain…
Il était déjà allé à Lourdes avec sa grand-mère qui lui avait offert ce pèlerinage comme cadeau de première communion, il avait alors 8 ans et était revenu enchanté ! Il avait vraiment envie d’y retourner et, bien sûr, nous avons soutenu ce projet !

Les jours suivants son inscription, je me suis beaucoup interrogée sur mon propre engagement auprès des autres… Je rends quelques services pour la paroisse, éveil à la foi, mariages, mais ce temps n’est donné qu’en pointillé.

J’ai ressenti l’appel à donner plus de temps, à quitter mes habitudes pour être un peu bousculée hors de ma routine quotidienne.

La décision n’a pas été simple à prendre car il fallait assurer une solide organisation pour que la vie de famille continue à tourner normalement, mais j’ai trouvé « miraculeusement » beaucoup d’aides qui m’ont permis de monter dans le car depuis Melun, direction Lourdes.

J’avais été voir le film Lourdes qui m’avait beaucoup touchée mais je ne m’attendais pas à tant d’émotions ! La descente du car, à l’arrivée au « transit » de l’Accueil Saint-Frai est un souvenir que je garderai longtemps gravé dans ma mémoire…

J’étais un peu inquiète, tout ce monde, ces personnes inconnues, la tâche qui m’était confiée, est-ce que j’allais y arriver ? J’ai alors vu toutes ces personnes heureuses de se retrouver, se serrant dans les bras, hospitaliers, malades…

Bien sûr, il y a les fauteuils, les déambulateurs, les corps abîmés par la vie, quelques regards un peu perdus, mais

c’est une grande impression de fraternité, et d’amour du prochain… L’Évangile, bonne nouvelle du Seigneur, commençait à s’écrire sous mes yeux.

Au début il m’a fallu beaucoup courir pour effectuer le travail qui m’était confié (je suis infirmière), faire connaissance avec les malades dont j’avais la responsabilité, organiser les soins propres à chacun selon ses besoins. Tout cela s’est fait sans mal grâce à l’aide et aux conseils des hospitaliers expérimentés qui m’ont été très précieux, tout au long du pèlerinage.

Ensuite tout se met en place et l’on se sent porté par l’organisation : déplacer environ 300 personnes de l’Hospitalité, dont 100 en fauteuil, jusqu’aux Sanctuaires, ne paraît pas chose aisée, mais tout se passe très bien dans l’ordre et la bonne humeur. Il y a même une voie réservée aux fauteuils sur la chaussée !

Les célébrations avec le Père Evêque sont des temps très forts,

les malades sont à la première place, à leur juste place. Le pèlerinage de cette année s’est déroulé sur une période d’alerte canicule et une attention toute particulière était portée au bien-être des malades ; les hospitaliers juniors leur distribuaient régulièrement à boire, leur présence était très appréciée. J’étais heureuse de pouvoir retrouver mon fils lors de ces moments et de voir la joie qui se lisait dans son regard d’être au service des malades.

A l’approche de la fin du pèlerinage, on commence à sentir une certaine anxiété, particulièrement pour certains malades, inquiets de quitter ce lieu où tout est fait pour eux. Il faut alors commencer à tout ranger et ce n’est pas une mince affaire car c’est un hôpital entier qu’il faut déménager ! Mais encore une fois, tout se fait grâce à l’aide de chacun des hospitaliers.

Le retour a été pour moi un moment un peu difficile, entre la joie de retrouver toute ma petite famille, et la tristesse de quitter les malades et les hospitaliers avec qui j’ai partagé des moments exceptionnels et qui m’ont tant donné. Je me suis sentie un peu comme le jeune homme riche de l’Evangile… « Il s’en alla tout triste car il avait de grands biens… » J’ai retrouvé mes grands biens, mon mari et mes enfants avec un amour renouvelé et la joie de rendre grâce pour ces biens que Dieu m’a donnés.

Le rendez-vous est pris pour l’année prochaine en espérant pouvoir faire partager cette joie du service autour de moi.

Le spectacle Bernadette de Lourdes que nous avons pu voir en avant-première a aussi été un grand moment ! Nous avons quitté la proximité des sanctuaires pour un voyage dans le voyage jusqu’à l’Espace Robert Hossein. Nous avons été accueillis par le metteur en scène lui-même ! Le spectacle et la musique étaient formidables, le CD tourne d’ailleurs presque en boucle à la maison désormais !

Il y a des lieux que l’on quitte pour se guérir, d’autres que l’on ouvre pour se découvrir.

Lourdes, c’est un temps où l’on est transporté – parenthèse de vie où l’on prend une respiration. Dans ce monde où tout va très, trop vite, où l’on se heurte en permanence à toutes sortes de violences, se réfugier dans un havre de paix, d’unité et d’amour, ne serait-ce que pour quelques jours, c’est forcément révélateur. C’est ouvrir les yeux et le cœur sur sa propre intimité et apprécier la douceur d’un temps de partage et d’écoute, de bonté et de beauté, de générosité, d’empathie et d’amitié.
Lourdes, c’est un temps de prières et de fines confidences entre soi et Dieu ; c’est un temps où l’on prend conscience que ce qui importe, en fait, n’est pas ce que l’on possède mais ce que l’on donne : un sourire, une main tendue, une oreille attentive.
Lourdes, c’est la langue du cœur.
Ce qui me mène à Lourdes aujourd’hui, c’est un cadeau. A Noël 2018, maman m’offre Ma vie est un miracle, de Bernadette Moriau. Ce livre raconte le témoignage de la dernière miraculée de Lourdes. Je lis. Je suis bouleversée. Je me dis que dans ce burn-out que je subis depuis 2015, enfin apparaît une lumière. Ne jamais désespérer, écrit-elle en sous-titre.
Je rembobine alors les trois dernières années de ma vie et je cherche une réponse à cette rupture de vie qui a jailli brusquement pour me mener au bord du gouffre où aucun espoir, aucune lueur ne m’apparaissaient.
Et puis arrive ce livre. J’entends alors quelque chose en moi qui me dit qu’il faut que j’aille à Lourdes, qu’il n’y a plus de pourquoi à demander mais un merci à adresser.
Merci de m’avoir gardée en vie alors que de mes trente-cinq kilos, ma vie était en danger. Quand on est anorexique, il n’y a que deux choix : se laisser lentement glisser vers la transparence ou se battre, s’accrocher.
Je décide donc de me rendre à Lourdes mais pas en touriste. J’ai conscience que, ne serait-ce que l’année précédente, j’aurais pu partir en tant que malade, que ce serait moi dans une voiturette, ce serait moi qui serais soignée, nourrie, portée mais grâce à Dieu, je suis debout. Alors, je veux être utile et, malgré mes fragilités encore présentes, je veux aider, aimer, donner ce que mes proches m’ont patiemment apportées durant ma longue convalescence. Je demande à maman si elle veut bien m’accompagner.
Ainsi débutent mes premiers pas à Lourdes. Au départ, je suis déstabilisée. J’ai un doute. Je ne sais pas si je vais être à la hauteur. Je panique un peu. Mais tout cela disparaît très vite grâce à l’attention, la gentillesse, la préciosité des autres bénévoles qui m’entourent et des malades dont il faut s’occuper, qu’il faut rassurer, écouter.
Quelle leçon de vie ! quelle leçon d’humilité !
Soudain, je suis submergée par la charge émotionnelle que je perçois. Je ne suis pas habituée aux personnes malades. Comme beaucoup, je suis gênée à la vue d’une personne handicapée. Et puis, assez rapidement, je m’aperçois que nous ne sommes pas si différents finalement. J’écoute les histoires et les parcours de vie de ceux qui veulent bien raconter. Je me rends compte que ces personnes vivent, elles aussi, des rêves, des joies, des projets, des espoirs.
Au-delà de l’empathie que j’éprouve, je me prends d’affection. Je me plais à partager une cigarette avec Marie, je suis émue par la venue de Denis au son de son harmonica et des quelques poèmes qu’il m’écrit certains jours, je prends plaisir à entendre le chemin de chacun. Je m’oublie dedans. Je ne pense plus à moi. Je comprends qu’on a tout à se donner, que chacun apporte à l’autre un petit plus qui rendra sa journée meilleure.
Depuis l’enfance, je suis croyante, même si je ne suis pas pratiquante. Aussi, au début, lorsque j’accompagne les malades aux différentes célébrations, je suis autant troublée, émue que satisfaite. Je demeure à l’écart par respect. La ferveur à Lourdes est saisissante. Je me dis alors que toutes ces prières d’amour qui montent au ciel, c’est forcement pour accrocher de la lumière au monde violent qui nous cerne. C’est beau et réconfortant de prier ainsi dans l’unité et le silence. Ainsi, là à Lourdes, je suis en paix.
Je suis entourée de sourires, d’attentions et de gestes particuliers. Je donne autant que je reçois. Et je pense que s’il y a un lieu où il faut aller, c’est bien celui-là, dans un temps où l’on s’arrête pour enfin se découvrir. Je ne résiste plus. J’accepte de me laisser guidée. Je vais aux bains, à la grotte. Je me sens différente.
Le retour à Paris est un peu brutal. C’est toujours difficile de quitter un univers qui nous a abreuvés, enrichis, changés, pour retrouver son ordinaire, sa solitude parfois pesante et le monde qui continue à tourner très, trop vite.
Fort heureusement demeurent la nourriture, l’amitié, la foi, la prière qui, au cours du pèlerinage, nous ont comblés et nous autorisent toute espérance. Chaque jour, j’ai une pensée pour chacun, pour chaque regard, chaque sourire, chaque émotion qui inévitablement, vitalement m’aident à demeurer dans ce que j’appelle mon petit bout de Lourdes et me permettent de garder confiance et croyance, d’adresser des prières à l’attention de chacun et de souhaiter être au milieu de tous l’année prochaine, à Lourdes, avec maman !
A vous, très chers, affectueusement, amicalement, en prières. Isabelle